Une ligne pour la Chine
L'accord, bien que non encore officialisé, semble d’ores et déjà scellé en coulisses : Ford s'apprête à vendre sa ligne de production « Body 3 » du site d’Almussafes (région de Valence, en Espagne) à Geely. Cette unité, autrefois dévolue aux Ford Mondeo et S-Max, est à l'arrêt forcé depuis la rationalisation de la gamme européenne de l'Ovale bleu. Pour Geely, l'opportunité est royale : en installant ses propres outils au cœur de l'Europe, le groupe chinois contourne habilement les barrières douanières tout en s'offrant une base logistique stratégique pour inonder le Vieux Continent avec sa nouvelle offensive électrique.
La Geely EX2 en fer de lance
Le premier modèle attendu sur les chaînes espagnoles serait l'EX2 (connue sous le nom de Xingyuan en Chine), un crossover urbain qui vise ouvertement la Renault 5 E-Tech et de la BYD Dolphin. Mais l'intérêt de cette alliance dépasse la simple location immobilière. Les rumeurs de couloir évoquent un partage de technologie massif : Ford pourrait bénéficier de la plateforme GEA de Geely pour lancer son propre modèle d'entrée de gamme.

Après avoir abandonné la Fiesta, Ford manque cruellement d'un produit d'appel abordable pour contrer l'invasion chinoise ; l'adopter serait un aveu d'impuissance technique, mais une nécessité économique. Toutefois, cette rumeur doit être relativisée, Ford ayant signé un accord de partenariat avec Renault pour le développement de modèles compacts électriques.
Sauvetage social ou cheval de Troie ?
À Almussafes, l'heure est au soulagement teinté d'inquiétude. Si ce partenariat permettrait de remonter la cadence de production vers les 300.000 unités annuelles et de sécuriser des milliers d'emplois menacés par la fin du thermique, il illustre aussi la nouvelle hiérarchie mondiale. Hier leader incontesté, le constructeur américain se transforme aujourd'hui en sous-traitant de luxe pour des marques asiatiques en pleine expansion.
Reste à voir si cette cohabitation sino-américaine saura séduire un public européen de plus en plus partagé entre protectionnisme et besoin de mobilité électrique à prix cassé. Un dilemme que les constructeurs chinois espèrent contourner en produisant leurs modèles en Europe – avec des emplois européens à la clé - tout en profitant de leur maîtrise de la chaîne de valeur des batteries pour garder des tarifs plus compétitifs.